Ottawa doit reconsidérer la décision proposée de permettre les utilisations principales des pesticides tueurs d’abeilles et interdire tous les néonicotinoïdes

Les nouvelles restrictions proposées sont insuffisantes pour protéger les pollinisateurs et les écosystèmes

Équiterre, la Fondation David Suzuki, Environmental Defence, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement et l’Association canadienne du droit de l’environnement

Déc 19 2017

Ottawa, le 19 décembre 2017 - L’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada a publié aujourd’hui une proposition visant à restreindre ou interdire certains usages de deux pesticides néonicotinoides (néonics), la clothianidine et le thiaméthoxame, tout en permettant l’utilisation continue de ces pesticides controversés sous forme de semences traitées. Les semences traitées représentent l’utilisation la plus répandue de ces pesticides et sont identifiées comme étant la menace principale pour les écosystèmes.

L’Italie a interdit les semences de maïs traitées aux néonics en 2008; dès l’année prochaine, la France va interdire tous les usages des néonics afin de protéger les pollinisateurs, les écosystèmes et la sécurité alimentaire.

En septembre dernier, un groupe indépendant de scientifiques de partout au monde, connu sous le nom de Task Force on Systemic Pesticides (TFSP), a publié une version à jour de l’Évaluation mondiale intégrée de l’impact des pesticides systémiques sur la biodiversité et les écosystèmes. Il s’agit d’une analyse scientifique exhaustive qui synthétise plus de 1100 études révisées par les pairs, ainsi que des données provenant des fabricants de pesticides, et qui démontre que les néonicotinoïdes constituent une menace importante pour les pollinisateurs, la biodiversité, les écosystèmes et la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale. Le TFSP soulignait l’urgence d’interdire l’utilisation répandue des semences traitées aux néonics, puisqu'il s’agit de la source principale de contamination dans l’environnement.

En juin 2016, les avocats de l’organisme Ecojustice ont intenté une poursuite contre l’ARLA devant la Cour fédérale au nom d’une coalition de plusieurs organisations environnementales, soutenant que l’ARLA a illégalement maintenu l’homologation de la clothianidine et du thiaméthoxame pour plusieurs années, malgré un manque persistant de données et de consultations publiques.

Des recours collectifs ont également été entrepris en 2014 au Québec et en Ontario contre les fabricants de pesticides néonicotinoïdes Bayer et Syngenta au nom d’apiculteurs qui ont subi de lourdes pertes en raison des effets néfastes des pesticides sur leurs abeilles mellifères.

L’ARLA avait lancé l’évaluation des risques que posent trois néonicotinoïdes pour les pollinisateurs en 2012 à la suite d’un nombre anormalement élevé de déclarations liées à des morts d’abeilles au Canada durant la période de plantation de semences de maïs et de soja traitées avec des néonicotinoïdes.

En novembre 2016, à l’issue d’une évaluation des risques pour l’environnement d’un autre néonicotinoïde, l’imidaclopride, l’ARLA proposait son abandon graduel étant donné qu’il présentait des risques inacceptables pour les invertébrés aquatiques bénéfiques. L’évaluation avait conclu que l’utilisation en grandes quantités de l’imidaclopride en agriculture au Canada n’est pas viable. L’ARLA évalue toujours les risques que posent la clothianidine et le thiaméthoxame, et prévoit présenter une proposition de décisions en juin 2018.

Plus de 100 000 Canadiennes et Canadiens ont uni leur voix à ces mêmes groupes de protection de l’environnement et de la santé afin de soutenir l’interdiction des néonicotinoïdes au Canada.

Renseignements :
Camille Gagné-Raynauld Relations avec les médias, Équiterre 514-605-2000, cgraynauld@equiterre.org
Brendan Glauser, David Suzuki Foundation, 604 356-8829, bglauser@davidsuzuki.org