Prévention du mésothéliome et d’autres maladies associées à l’amiante au Canada

Les organisations font appel au premier ministre pour la formation d’un comité d’experts chargés d’examiner la possibilité d’interdire l’amiante sur-le-champ.

Déc 06 2016

Toronto - Plus de 60 organisations dans les domaines de la santé, du travail et de l’environnement de partout au Canada exhortent le premier ministre Trudeau à prendre les moyens nécessaires pour interdire l’amiante sous toutes ses formes, en commençant par établir des mesures réglementaires pour en interdire l’utilisation au pays. Ces organisations pressent également le premier ministre de mettre sur pied un groupe de spécialistes capables de relever les défis que posent continuellement la gestion de l’amiante et le désamiantage dans le pays entier. Un comité d’experts est absolument essentiel pour assurer la protection des Canadiens et la prévention du mésothéliome et d’autres maladies associées à l’amiante (par exemple, le cancer du poumon).

Malgré les supplications des Canadiens qui insistent pour imposer une interdiction fédérale de l’amiante et le nombre croissant de preuves à l’appui d’une relation entre l’exposition à l’amiante et les impacts sur la santé, très peu de progrès ont été réalisés par le gouvernement fédéral. Des données récentes montrent que les maladies associées à l’amiante au Canada sont en augmentation. Le nombre de décès attribuables au mésothéliome, une forme rare de cancer résultant de l’exposition à l’amiante dans le lieu de travail, est passé de 292 cas en 2000 à 580 cas en 2013, tandis qu’on s’attend chaque année à 1 900 nouveaux cas de cancer du poumon dus à l’amiante (c’est-à-dire des cancers du poumon) en plus des autres problèmes de santé tels que l’amiantose.

« C’est maintenant qu’il faut voir des règlements s’appliquer pour interdire l’utilisation de l’amiante au Canada », a déclaré Theresa McClenaghan, directrice générale et conseillère juridique pour l’Association canadienne du droit de l’environnement. « C’est une étape essentielle que le Canada doit franchir pour protéger les Canadiens de l’exposition à l’amiante, aujourd’hui et dans les décennies à venir. »

Certaines situations associées à l’amiante continueront de représenter des défis pour les travailleurs, la santé publique et l’environnement au Canada. La mise en place d’un comité d’experts permet d’appréhender les défis au fur et à mesure qu’ils se présentent et de préciser les ressources ainsi que les mesures réglementaires supplémentaires requises pour assurer la planification de la transition dans les communautés concernées. L’Australie, où l’amiante est interdit depuis de nombreuses années, par exemple, a dirigé un comité d’experts sur la gestion de l’amiante, ce qui a mené à la création de son Agence d’éradication de l’amiante et de la sécurité visant à résoudre les problèmes liés à l’amiante.

Les gouvernements provinciaux et fédéral ont l’autorité voulue pour prendre en charge le problème de l’amiante, mais l’approche se révèle lacunaire. Ces lacunes comprennent le manque de rapport complet concernant les rejets et les transferts d’amiante, de registres publics fédéraux pour les victimes et les immeubles concernés par le problème de l’amiante, et de transparence dans la gestion du désamiantage. Les membres du Parlement ont souligné la nécessité d’agir au cours des derniers mois, en lançant, entre autres, des propositions visant à interdire l’amiante et à établir un registre de maladies professionnelles. Un comité d’experts pourrait jouer un rôle clé pour proposer des recommandations en ce qui concerne les problèmes subsistants qui touchent le Canada.

« Un grand nombre de nos membres sont exposés chaque jour à des matériaux qui contiennent de l’amiante sur le campus des universités et des collèges. Certains sont morts des suites du mésothéliome, y compris, plus récemment Pat Martens de l’Université du Manitoba qui a exercé des pressions sur le gouvernement fédéral précédent », a déclaré David Robinson, directeur général de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université. « Nous croyons qu’un comité d’experts sera un outil fiable pour aider le gouvernement fédéral dans sa volonté de promulguer l’interdiction de l’amiante, faisant ainsi en sorte de rendre les milieux de travail plus sécuritaires pour les Canadiens. »

Les familles dont les êtres chers sont morts après avoir contracté des maladies associées à l’amiante, les scientifiques, les décideurs et les professionnels de la santé sont des parties prenantes clés qui peuvent faire d’importantes contributions en vérifiant la portée du problème de l’amiante et en formant un comité d’experts pour étudier la question.

« En tant que personne directement affectée par les activités d’extraction et la production de l’amiante au Canada, je perçois l’inaction comme une trahison vis-à-vis des travailleurs qui souffrent d’une maladie liée à l’amiante ou qui en sont décédés. Le secteur industriel de l’amiante est responsable du décès de mon père et de ma mère. Mon père en raison de son exposition professionnelle et ma mère, de son exposition aux poussières enchevêtrées dans les vêtements de travail de mon père. Maintenant, ma sœur vient de recevoir un diagnostic de plaques pleurales, trouble qui précède l’amiantose, et mon frère aîné souffre d’amiantose. L’amiante tue non seulement les travailleurs, mais également les familles des travailleurs », a déclaré Heidi von Palleske, cofondatrice de Canadian Voices of Asbestos Victims. « Le Canada doit impérativement agir pour relever les défis continus auxquels les Canadiens font face. Un processus d’examen viendrait conclure la tâche à effectuer. »

« Chaque année, des milliers de Canadiens reçoivent le diagnostic de cancer causé par l’amiante. La maladie chez ces travailleurs a été causée par l’exposition à l’amiante dans le milieu de travail des années auparavant, mais nous en connaissions déjà les effets funestes sur la santé », a déclaré Paul Demers, directeur du Centre de recherche sur le cancer professionnel. « Nous ne pouvons refaire le passé, mais nous pouvons faire ce qu’il faut maintenant en interdisant l’amiante et en élaborant une stratégie pour protéger les Canadiens contre l’amiante encore présent dans nos immeubles et notre environnement. »

« Unifor a ardemment travaillé avec nos représentants en santé et en sécurité et avec les militants en faisant tout son possible pour empêcher que nos membres soient exposés à cette substance mortelle. À une certaine époque, le risque posé par l’amiante n’était pas connu – ce n’est plus le cas depuis longtemps », a affirmé Jerry Dias, président d’Unifor. « Le fait d’en être informé et de ne pas agir en conséquence est abusif. Le gouvernement du Canada a l’obligation morale d’imposer sur-le-champ l’interdiction totale de l’amiante. »

On peut avoir ici accès à la lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau : http://www.cela.ca/letter-ban-asbestos-expert-panel (en anglais uniquement).

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Pour obtenir de plus amples renseignements ou une entrevue, nous vous prions de contacter :
Laura Lozanski, Association canadienne des professeures et professeurs d’université, 613 726 5168
Fe de Leon, Association canadienne du droit de l’environnement, 416 960-2284, poste 7223; 416 317-1063 (cell.)

Déclarations

En ma qualité de médecin en soins palliatifs, chaque nouveau patient souffrant de mésothéliome (cancer de la plèvre) en phase terminale me rappelle que l’amiante est, de loin, la principale cause de décès parmi les maladies professionnelles au Canada. L’amiante aurait dû faire impérativement l’objet d’une interdiction, et ce, depuis des décennies.
Dr Jean Zigby, président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement

L’amiantose tue un plus grand nombre de nos membres que tout autre risque en milieu de travail. Nous avons également rapporté cette calamité dans notre foyer, incrustée dans nos vêtements de travail, et avons ainsi blessé ou tué les membres de notre famille. Le présent projet de loi met fin à l’utilisation de ce tueur et il était temps. C’est un pas en avant pour les hommes et les femmes qui se rendent au travail sans avoir à s’inquiéter que le matériel avec lequel ils travaillent les tuera pendant leur vie active. L’interdiction de l’amiante s’est fait longuement attendre mais, grâce au ciel, elle verra le jour!
Bob Blakely, chef de l’exploitation au Canada, Syndicats des métiers de la construction du Canada

La Canadian Mesothelioma Foundation (CMF) est une organisation caritative fondée en 2008 par des personnes dont la vie a été affectée par le mésothéliome, une forme de cancer qui est presque exclusivement liée à l’exposition à l’amiante. Nous avons été témoins de la dévastation causée par cette maladie et avons décidé de faire front commun pour aider d’autres personnes au pays qui font face au même diagnostic. De plus, nous voulions jouer un rôle dans la prévention de cette maladie et, à ce titre, l’un de nos principaux mandats consiste à susciter une prise de conscience parmi les Canadiens quant à la relation entre l’exposition à l’amiante et le développement du mésothéliome et d’autres maladies associées à l’amiante. Ces maladies représentent la principale cause de décès parmi les maladies professionnelles au Canada. Sachant cela, la CMF appuie l’interdiction totale de l’amiante au Canada ainsi que la formation d’un comité d’experts comme le propose la présente lettre.
Dre Eudice Goldberg, présidente, conseil d’administration de la Canadian Mesothelioma Foundation

Au mois de mars 2008, on a diagnostiqué chez mon père, électricien de profession, un mésothéliome; il est décédé après deux mois d’agonie, incapable de respirer, ses poumons étant remplis de la tumeur et de fluides. J’ai rejoint les rangs des personnes qui luttent pour que l’on garde inactives les mines d’amiante et j’ai envoyé aux politiciens des lettres les informant que nous désirons protéger la population contre le chrysotile produit dans nos mines. Je voulais que personne n’ait à vivre ce que mon père a vécu. Avec les élections qui ont eu lieu l’année dernière, nous étions sûrs que vous honoreriez votre promesse d’interdire l’amiante et que vous ne céderiez pas aux lobbyistes du chrysotile comme les premiers ministres l’ont fait dans le passé. Vous avez l’assentiment des Canadiens et le poids politique pour faire adopter la loi. Les études sont éloquentes et les délais sont injustifiés. Nous vous prions de garder votre promesse : – interdisez la production d’amiante et de ses dérivés, dès maintenant.
Stacy Cattran, fille d’une victime du mésothéliome, Guelph (Ontario)

L’amiante ne connaît pas de frontières; non seulement les travailleurs sont-ils exposés, mais leurs proches le sont également et deviennent des victimes secondaires. Pour cette raison, leurs familles sont bouleversées et notre fragile système de soins de santé s’en trouve alourdi. Ce que nous exigeons, c’est l’interdiction de l’amiante sous toutes ses formes dans le monde entier. Nous ne pouvons modifier notre passé, MAIS nous pouvons améliorer l’avenir de nos travailleurs et celui de leur famille. Le Canada devrait entériner l’interdiction de l’amiante en premier lieu, mais doit également inclure un processus faisant appel à un comité d’experts pour faire face aux défis subsistants auxquels nous ferons face en raison de l’amiante.
Sandy Kinart, les victimes de Chemical Valley

L’extraction de l’amiante a joué un rôle essentiel dans le militantisme syndical au Québec et dans la consolidation de l’action collective dans le secteur du travail, mais elle a également fait un grand nombre de victimes parmi les travailleurs. Elle continue de tuer les travailleurs qui sont exposés à l’amiante, de l’extraction jusqu’aux produits finis. L’exploitation de l’amiante au Canada s’est finalement éteinte, mais il est plus que temps de non seulement interdire les produits à base d’amiante, mais aussi d’en suivre la trace et de s’assurer qu’ils ne pourront continuer à faire d’autres victimes.
Jamie Kneen, cogérant, MiningWatch Canada

Il est grand temps de prendre position sur la question de l’amiante au Canada. Prenant exemple sur d’autres pays, le Canada doit sans plus attendre interdire l’utilisation de l’amiante et mettre sur pied dans un proche avenir un comité d’experts concernant la question de l’amiante afin d’établir un plan permettant de répondre aux extraordinaires défis liés à l’amiante.
Daniel Cayley-Daoust, militant en matière d’énergie et de changement climatique, Conseil des Canadiens (bureau national – Ottawa)

Un nombre trop élevé de Canadiens sont morts des suites de l’exposition à l’amiante. Nous voulons un gouvernement canadien qui fasse preuve de leadership, qui interdise l’amiante et qui amorce une stratégie nationale élargie afin de protéger les Canadiens contre tout dommage ultérieur provenant de l’amiante installée dans nos maisons, nos écoles, nos édifices publics et notre infrastructure.
Kathleen Ruff, directrice, RightOnCanada.ca

Notre clinique d’aide juridique communautaire aide les travailleurs accidentés depuis 1969 grâce aux réclamations d’indemnisation d’accidents de travail et nous avons constaté depuis à quel point le travail en présence d’amiante a affecté la vie des travailleurs ontariens et de leur famille. Nous exhortons le gouvernement à profiter de la possibilité de mettre sur pied un comité d’experts pour examiner le système de gestion de l’amiante au Canada et à prendre les mesures nécessaires pour la mise en œuvre d’une interdiction totale de l’amiante au Canada.
John McKinnon, directeur général, Clinique d’aide juridique communautaire pour les travailleurs accidentés

Nous constatons régulièrement les effets de l’amiante dans le corps et la vie des travailleurs et de leur famille. On pose chaque année le diagnostic d’une maladie associée à l’amiante chez un nombre grandissant de travailleurs. Il faut que cessent le décès et la souffrance des travailleurs, car ils sont entièrement évitables. Le gouvernement doit finalement instaurer l’interdiction totale de l’amiante au Canada.
Maryth Yachnin, avocate salariée, Clinique d’aide juridique communautaire IAVGO

Les effets de l’amiante sur la santé sont insidieux, dévastateurs et répandus. Nous pouvons mettre fin une fois pour toutes à ce désastre en matière de santé publique mais, pour cela, il faudra adopter une approche élargie.
Doris Grinspun, directrice générale de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario (RNAO)