Convois de déchets nucléaires liquides

Une menace pour les eaux des Grands Lacs

Oct 03 2016

Plus de deux douzaines d’organisations non gouvernementales du Canada et des États-Unis demandent au premier ministre Justin Trudeau et au président Barack Obama de reporter ou d’annuler une série sans précédent d’expéditions de déchets liquides hautement radioactifs de l’Ontario vers la Caroline du Sud via des routes publiques et des ponts traversant les eaux des Grands Lacs.

Les groupes réclament la production, la publication et la diffusion d’un énoncé des incidences environnementales (EIE), pour en permettre l’examen par d’autres ministères et le public des deux pays. En outre, les groupes insistent qu’une notification appropriée soit diffusée aux organismes fédéraux, aux gouvernements étatiques et provinciaux, aux gouvernements tribaux, aux Premières Nations, aux Métis, aux administrations municipales, aux organismes de gestion des bassins versants et aux organismes publics locaux par l’entremise du Comité exécutif des Grands Lacs (CEGL), tel qu’exigé conformément aux dispositions de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs de 2012.

La Commission des Grands Lacs et la Commission mixte internationale se réunissent cette semaine à Toronto. « Les gouvernements ont suffisamment de temps pour s’acquitter de leurs responsabilités en vertu de l’Accord de 2012 relatif aux Grands Lacs et pour répondre aux demandes du Sierra Club et de dizaines d’autres groupes environnementaux de préparer et de diffuser un énoncé des incidences environnementales indépendant et significatif qui tienne compte des solutions de rechange à cette proposition risquée », a déclaré Christine Elwell, Green Energy Campaign, Fondation Sierra Club Canada.

Une poursuite a récemment été intentée devant une cour fédérale des États-Unis : on a demandé une injonction contre les expéditions proposées. Le 20 septembre 2016, c’est en lien avec cette poursuite que le département de l’Énergie des États-Unis a déclaré arrêter temporairement les expéditions jusqu’au 17 février 2017, « afin d’assurer le respect de toutes les obligations légales et contractuelles » – en d’autres termes, jusqu’à ce que le juge fédéral puisse se prononcer sur le fond du litige.

Le liquide en question est maintenant entreposé dans un grand réservoir à double paroi appelé RSSF (réservoir de stockage de solution fissile) à Chalk River, en Ontario, contenant 23 000 litres (6 000 gallons) d’une solution acide hautement radioactive et très dangereuse. Le RSSF contient une déroutante variété de radionucléides qui sont créés lorsque l’uranium est irradié dans un réacteur. Le liquide contient également une quantité d’uranium hautement enrichi (UHE) servant à la fabrication d’armes – essentiellement le même matériau que l’explosif nucléaire qui a été utilisé pour la bombe d’Hiroshima.

« Les autorités nucléaires des deux pays ont caché la vraie nature de ces déchets liquides en les appelant nitrate d’uranyle liquide hautement enrichi (NULHE) », a déclaré Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire. « En fait, le nitrate d’uranyle n’est qu’un des douzaines de composés radioactifs contenus dans le liquide, et ce liquide est plus de 17 000 fois plus radioactif que le nitrate d’uranyle à lui seul. Un tel liquide hautement radioactif n’a jamais été transporté sur les routes publiques en Amérique du Nord. »

Il existe des façons plus sûres, plus rapides et moins coûteuses de jeter des déchets et qui ont déjà été utilisés au Canada et ailleurs, comme la solidification et la dilution. « Il y a 20 autres réservoirs de déchets radioactifs liquides à Chalk River, dont le contenu est solidifié et gardé sur place comme des déchets solides », a déclaré Ole Hendrickson de Concerned Citizens du Comté de Renfrew. « De plus, depuis 2003, les déchets liquides qui auraient auparavant été entreposés dans le RSSF ont été systématiquement solidifiés et, jusqu’en 2011, les laboratoires de Chalk River s’étaient également engagés à solidifier le contenu liquide du RSSF ».

Les plans prévoient le transport de 100 à 150 camions de déchets liquides sur une période de plusieurs années, de Chalk River, en Ontario, vers le site de Savannah River du département de l’Énergie des États-Unis, en Caroline du Sud, le long des routes secrètes avec des gardes lourdement armés. Le but visé est de « rapatrier » l’uranium d’origine américaine servant à la fabrication d’armes pour éviter toute possibilité qu’il soit utilisé dans les armes nucléaires, selon un programme lancé par le président Obama en 2009. Cependant, l’intention initiale n’a jamais été d’expédier le matériau sous forme liquide.

Tom Clements, directeur de la Savannah River Site Watch en Caroline du Sud, a constaté que « le moyen le plus sûr et le moins coûteux de régler les problèmes de prolifération consiste à éliminer de Chalk River l’uranium servant à la fabrication d’armes en le diluant, ne laissant que l’uranium faiblement enrichi (UFE), qui ne constitue pas un matériau utilisable dans la fabrication des armes nucléaires. En février 2016, l’Indonésie a reçu l’autorisation de diluer son stock d’uranium liquide d’origine américaine, éliminant ainsi tout besoin de transporter le matériau aux États-Unis. La même chose peut être faite avec les déchets liquides de Chalk River, comme l’ont clairement indiqué les autorités canadiennes en 2011 ». L’opération indonésienne de dilution est déjà terminée, quelques mois à peine après l’autorisation du département de l’Énergie des États-Unis.

Les conseillers de Niagara s’opposent unanimement à ces transferts qui traversent la région de Niagara. Gracia Janes, de Niagara-on-the-Lake, est la coordonnatrice de l’environnement du Conseil national des femmes du Canada. Elle a souligné que « nos conseillers régionaux représentent près de 500 000 personnes. Vivant à l’embouchure de la rivière Niagara sur le lac Ontario, là où les terres à fruits tendres donnent les meilleures pêches au Canada, voire en Amérique du Nord, nous sommes très conscients de l’impact que pourrait avoir un accident et un déversement de liquide ».

Janet McNeill de Durham Nuclear Awareness a ajouté : « Nos gouvernements doivent faire ce que la municipalité régionale de la région de Niagara a fait : prendre le temps de soigneusement examiner tous les faits, scruter ce plan à la loupe pour étudier des solutions de rechange, faire tout cela de manière transparente en faisant participer le public et ne pas relever de la seule compétence de l’industrie nucléaire et de son organisme de réglementation trop complaisant, pour que nous puissions être sûrs que les risques et les solutions de rechange disponibles sont pleinement examinés et correctement étudiés ».

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Pour plus d’informations :
Gordon Edwards, Regroupement pour la surveillance du nucléaire, (514) 839 7214
Christine Elwell, Fondation Sierra Club Canada, (647) 338 6363
Janet McNeill, Durham Nuclear Awareness, (647) 207 3208
Ole Hendrickson, Concerned Citizens of Renfrew County, (613) 735 4876
Tom Clements, Savannah River Site Watch, (803) 240 7268
Gracia Janes, Conseil national des femmes du Canada, (905) 468 2841

Vous pouvez télécharger ci-dessous le dossier de presse, y compris le communiqué de presse, la lettre au Premier ministre Trudeau et au président Obama avec la liste complète des signataires, ainsi que les renseignements généraux (veuillez noter que ce dossier est disponible en anglais seulement).

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