L’action binationale contre les agents toxiques diminue peu à peu en raison de l’extrême lenteur de la planification

Les gouvernements canadien et américain doivent passer à la prévention s’ils veulent protéger les Grands Lacs contre les produits toxiques

Juin 22 2015

Les travaux de nettoyage des agents toxiques des Grands Lacs progressent si lentement qu’il faudra peut-être plus d’un siècle pour seulement énumérer toutes les substances chimiques préoccupantes qui se trouvent actuellement dans les lacs. En réponse à cette situation, la communauté écologiste des deux côtés des Grands Lacs demande aux gouvernements canadien et américain d’accélérer leurs mesures contre les substances chimiques toxiques dans le bassin des Grands Lacs.

Les groupes soutiennent que les mesures nécessaires pour réaliser des progrès dans le cadre de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs (l’AQEGL) doivent non seulement s’accélérer, mais qu’il faut également élargir la liste des substances chimiques préoccupantes et mettre en place des mesures préventives plus rigoureuses afin d’éviter d’abord et avant tout l’écoulement d’agents toxiques dans les lacs.

Les groupes ont publié une lettre adressée conjointement à l’Environmental Protection Agency des États-Unis et à Environnement Canada, ainsi qu’un rapport examinant la mise en œuvre d’efforts dans le cadre de l’AQEGL de 2012 sur les produits chimiques suscitant des préoccupations communes, qui comprend des recommandations pour une amélioration immédiate. Le rapport intitulé Advancing Prevention of Toxic Chemicals in the Great Lakes Basin: An ENGO perspective (Faire progresser la prévention des substances chimiques toxiques dans le bassin des Grands Lacs : une perspective d’ENGO) sur les efforts binationaux est accessible à l’adresse www.cela.ca.

« Les substances chimiques toxiques dans les Grands Lacs demeurent inquiétantes. Après trois années de travaux, l’équipe de mise en application de l’annexe 3 de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs (l’AQEGL), qui traite des agents toxiques, recommande de n’énumérer qu’une poignée des substances chimiques, y compris les BPC et le mercure, qui posent problème depuis des décennies. Nos recherches ont révélé qu’il y a plus de 500 substances chimiques connues et suscitant de l’inquiétude dans les lacs. Si les recommandations de l’équipe de mise en application sont adoptées lors de la rencontre internationale sur les Grands Lacs à Chicago la semaine prochaine, on touchera moins que le bout de l’iceberg pour ce qui est des agents toxiques dans les lacs – à peine un flocon de neige au sommet de l’iceberg sera pris en compte », déclare Fe de Leon, chercheur au sein de l’Association canadienne du droit de l’environnement.

Entretemps, au lieu d’appliquer l’approche de décharge zéro établie par l’AQEGL, le gouvernement canadien prévoit de s’en tenir à son projet désuet de gestion des produits chimiques qui est d’établir des « limites sécuritaires » et de contrôler les risques d’écoulement, malgré les preuves grandissantes qu’il n’existe pas de limites sécuritaires pour bon nombre des produits chimiques les plus inquiétants.

« C’est très décevant de voir les promesses de l’AQEGL ‒ qui avaient été renouvelées et élargies il y a trois ans ‒ amoindries par le manque manifeste d’urgence dans les actions des deux gouvernements. Le manque de capacité et de financement pour la mise en application de cette annexe vient s’ajouter au défi auquel nous faisons face en ce qui concerne les substances chimiques toxiques, a ajouté Fre de Leon. Les efforts de nos gouvernements devraient refléter davantage le principe de précaution, ainsi que les objectifs de décharge zéro et d’élimination complète, qui sont les éléments clés nécessaires pour aboutir à un vrai progrès. »

« Fonder ses actions sur les effets possibles des agents toxiques sur les personnes après leur exposition au lieu d’essayer de les protéger contre les substances chimiques dangereuses comme le mercure et les BPC ne suffit tout simplement pas, a déclaré Lin Kaatz Chary, auteure du rapport et experte en politique de la santé de l’environnement et de la santé publique. La science progresse rapidement et des domaines comme la chimie et l’ingénierie vertes, l’évaluation des solutions de rechange et la substitution de matériaux démontrent que les vieilles façons de « gérer les produits chimiques » doivent être réétudiées. Nous « gérons les produits chimiques » depuis des décennies, mais ils apparaissent toujours dans les lacs. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de la prévention et non de la gestion ».

« Bien entendu, l’établissement d’une liste n’est que la première étape. Nous devons donc collaborer avec l’industrie en vue d’évoluer vers un régime de décharge zéro pour ces produits chimiques », ajoute John Jackson de Citizens’ Network on Waste Management et militant de longue date pour la cause des Grands Lacs. Un domaine prioritaire est le retrait des substances chimiques préoccupantes des produits de consommation. « Les écoulements provoqués par l’utilisation de produits de consommation, que ce soit des produits chimiques ou des produits ignifuges ajoutés aux tissus, deviennent une source de plus en plus grande de substances chimiques toxiques dans les Grands Lacs. Nous devons retirer ces substances chimiques des produits que nous utilisons tous les jours et nous devons veiller à ce que tout substitut soit sûr pour nos lacs et pour notre santé. »

« L’unique façon efficace de protéger nos lacs contre ces produits chimiques est d’imposer une règle stricte de décharge zéro et des programmes d’élimination complète, au lieu des faibles limites actuellement en place. Les deux pays doivent prendre au sérieux leur engagement à l’égard de l’AQEGL et ils doivent investir dans les ressources nécessaires pour protéger les lacs contre les substances chimiques toxiques, a ajouté Fre de Leon. Il ne faut pas attendre dix autres années, et encore moins un siècle, pour prendre des mesures afin de mettre un terme aux écoulements d’agents toxiques dans les Grands Lacs. Notre santé et la santé de toutes les formes de vie avec lesquelles nous partageons ce bassin ne peuvent pas se permettre ce risque. » Un sommaire du rapport et la version complète de rapport sont accessibles à l’adresse cela.ca

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Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec :
Fe de Leon Chercheur, Association canadienne du droit de l’environnement Tél. : 416 960 2284, poste 223 Cellulaire : 416 317 1063 Courriel : deleonf@cela.ca