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Les meubles pour enfants contiennent des produits ignifugeants nocifs

Des tests indépendants révèlent que des produits pour enfants contiennent des substances chimiques pouvant causer le cancer, des perturbations endocriniennes et d’autres problèmes de santé graves

Nov 20 2013

Toronto (Ontario) – Des tests indépendants commandés par le Centre de la santé environnementale américain (CEH), en partenariat avec l’Association canadienne du droit de l’environnement (ACDE) ont découvert des traces de produits ignifugeants nocifs dans les chaises, les fauteuils et d’autres meubles pour enfants provenant des grands détaillants des États-Unis et du Canada. Les scientifiques en matière de prévention d’incendies indiquent que les produits ignifugeants intégrés aux meubles, qui peuvent causer le cancer, des perturbations endocriniennes, l’infertilité et d’autres problèmes de santé graves, ne protègent pas les meubles des incendies.

« La plupart des parents n’auraient jamais douté que leurs enfants seraient exposés à des produits ignifugeants toxiques lorsqu’ils s’assoient dans leurs petits fauteuils, mais notre rapport indique que les meubles en mousse pour enfants peuvent dissimuler des risques pour la santé », révèle Judy Levin du CEH, coauteure du rapport Playing on Poison (en anglais seulement), aujourd’hui publié par le CEH. « Les entreprises qui vendent ces produits doivent comprendre que les parents souhaitent des produits plus sûrs, sans substances nocives. »

« Ces résultats nous confirment que le Canada subit une situation semblable en ce qui concerne l’utilisation non réglementée et inutile de substances hautement chimiques intégrées aux produits de consommation destinés aux enfants », déclare Kathleen Cooper, chercheuse principale à l’ACDE.

En juillet et août, le CEH, l’ACDE et d’autres partenaires se sont procuré 42 meubles pour enfants provenant de 13 états et de deux provinces canadiennes. Ces articles achetés des grands détaillants ont été envoyés à Heather Stapleton, chercheuse à Duke University pour une analyse en laboratoire. Docteure Stapleton est l’une des premières chercheuses à mener des tests de produits ignifugeants dans les produits de consommation. Ses études sur les produits ignifugeants intégrés aux meubles, aux produits de bébé et à d’autres biens de consommation ont été publiées dans les principales publications évaluées par les pairs et présentées dans les grands bulletins d’actualités nationaux.

L’analyse de la Dre Stapleton relève quatre substances ignifugeantes (dont deux des mélanges) dans 38 des 42 produits soumis à l’essai. Deux produits contiennent plus d’une substance chimique.

Il s’agit des substances suivantes :

  • Un mélange de cinq substances chimiques (relevé dans 22 articles) : des études ont établi un lien entre ce mélange et l’obésité ainsi que la perturbation du fonctionnement naturel des hormones. Les effets des produits pour enfants sur les hormones sont très inquiétants, car le corps en développement des enfants est particulièrement vulnérable aux changements hormonaux.
  • TCPP (Tris, 15 articles): des études sur des animaux ont établi un lien entre l’exposition au TCPP et les dommages génétiques ainsi qu’aux changements relatifs à la durée du cycle menstruel.
  • TDCPP (tris chlorés, 2 articles) est connu comme étant une substance chimique cancérogène selon l’état de la Californie et le Conseil national de recherches des États-Unis. Des études ont également établi des liens entre les expositions et les dommages génétiques, les effets sur la fertilité et les hormones, et les dommages causés aux embryons en développement. Les risques de santé ont forcé les entreprises à supprimer le TDCPP des pyjamas pour enfants durant les années 1970, mais il est couramment utilisé dans la fabrication des meubles et d’autres produits.
  • Phosphate de triphényle butylé (1 article) : Selon l’USEPA, une fertilité diminuée et des cycles menstruels anormaux comptent parmi les risques de santé associés à l’exposition au phosphate de triphényle butylé, un mélange de quatre substances chimiques.

Les enfants sont plus vulnérables aux produits ignifugeants que les adultes en raison de leur comportement et de leurs besoins physiques. Ils mettent souvent les mains à la bouche et touchent tout ce qui est à leur portée. Les jeunes enfants marchent à quatre pattes et jouent à la maison, dans les garderies et à l’école, là où la poussière renferme des taux élevés de substances chimiques. Une étude (2011) du Centre pour la recherche environnementale de l’UC Berkeley révèle qu’en moyenne les enfants portent dans leur corps un taux de substances ignifugeantes trois fois supérieur à celui constaté chez leurs mères. D’autres récentes études américaines indiquent que les enfants de couleur et les enfants provenant de collectivités à faible revenu portent dans leur corps des taux de substances ignifugeantes supérieurs à celui relevé chez les enfants blancs.

Les substances ignifugeantes entrent dans la fabrication de ces produits en dépit de leur inefficacité principalement en raison de la norme TB 117, une norme désuète de la Californie, datant de plusieurs décennies. Adoptée en 1975, cette norme exige que la mousse du mobilier résiste à une petite flamme nue pendant 12 secondes. Cette approche ne tient pas compte de la réalité; en cas d’incendie, le tissu extérieur prendrait feu en premier temps, et non la mousse intérieure. Les scientifiques en matière de prévention d’incendies estiment qu’une fois que le tissu prend feu, l’incendie serait trop intense pour les produits ignifugeants intégrés à la mousse, ce qui les rend pratiquement inefficaces en cas d’incendie.

Cette année, la Californie a proposé un nouveau règlement d’inflammabilité, TB 117-2013, qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2014. Les entreprises peuvent suivre immédiatement cette nouvelle norme pour respecter le nouveau règlement, mais elles auront jusqu’au 1er janvier 2015 avant qu’elles ne soient obligées d’être conformes. Le CEH et ses partenaires s’attendent à ce que les entreprises passent rapidement aux produits plus sûrs, sans ignifugeants. L’association américaine Business and Institutional Manufacturers Association (BIFMA) a déclaré : « … nous estimons que les risques associés à l’utilisation de ces produits [ignifugeants] sont plus importants que le danger associé aux risques d’incendie des meubles sans ignifugeants... Beaucoup d’acheteurs de mobilier cherchent des produits plus sûrs, plus respectueux de l’environnement qui ne contiennent pas de produits chimiques, y compris des ignifugeants. »

Outre le Centre pour la santé environnementale (Oakland et New York), d’autres organismes participent à l’achat des produits pour les mettre à l’essai, notamment :  Alaska Community Action on Toxics, Alliance for a Clean and Healthy Maine, Canadian Environmental Law Association, Clean and Healthy New York, Clean Water Action-Connecticut, Clean Water Action-Massachusetts, Ecojustice, Ecology Center, Healthy Legacy, Kentucky Environmental Foundation, Oregon Environmental Council, Vermont Public Interest Research Group, Washington Toxics Coalition and Women’s Voices for the Earth.

L’Association canadienne du droit de l’environnement compte plus de 30 ans d’expérience en matière de recherche et de politique visant à protéger les enfants des produits chimiques nocifs qui se trouvent dans l’air, l’eau, les aliments et les produits de consommation. À titre de clinique d’aide juridique d’Ontario, l’ACDE œuvre à la prestation de services, à la réforme du droit et à la vulgarisation juridique sur les questions de droit de l’environnement au nom de l’intérêt public. L’ACDE est un partenaire fondateur du Partenariat canadien pour la santé des enfants et l’environnement.

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Pour de plus amples renseignements :
Kathleen Cooper, chercheuse principale kcooper@cela.ca 705-341-2488 (cellulaire)
Lien : Playing on Poisons (en anglais seulement)